Qui suis-je?
Ce blogue porte sur les informations recueillies durant les entrevues en lien à la vie quotidienne ainsi que les bâtiments de Saint-Jean-de-Brébeuf, dans le but de raviver la mémoire de ce village et de faire connaitre son histoire. Nous avons rencontré d’anciens habitants du village pour rendre ce projet plus personnel et factuel. Qui de mieux pour nous guider que ceux qui ont vécu au village de Saint-Jean-de-Brébeuf?

Village de Saint-Jean-de-Brébeuf. Maisons d’Almas Thériault, d’Albert Lavoie, de M. Roy et d’Édouard Thériault. Année inconnue. Source : Josée Thériault.
La distance par rapport aux autres villages
Saint-Jean-de-Brébeuf est un village fondé vers la fin du Krach boursier de 1929. Ce village a émergé en 1930 dans l’arrière-pays de Nouvelle, en Gaspésie. Étant à présent fermé depuis 1971, il était à l’époque composé de six rangs logeant une centaine de familles.
La distance entre l’aérodrome de Saint-Jean-de-Brébeuf, à partir de l’intersection des chemins Leblanc, et le village Allard est d’environ 31 km, soit un parcours approximatif de 42 minutes partant de ce point. En raison de son éloignement des autres villages, le village de Saint-Jean-de-Brébeuf était limité en ressources et services, comparativement à Nouvelle et à Carleton-sur-Mer, qui étaient déjà bien établis depuis un moment. Par exemple, il fut souvent mentionné par les personnes que nous avons rencontré que le déneigement du chemin de Brébeuf n’était pas financé, ce qui obligeait les gens à stationner leurs voitures à l’entrée du chemin de Brébeuf et à se rendre au village à pied ou par un autre moyen de transport. Les efforts des habitants ont largement contribué à la création de ce village, partant du défrichement des terres à la construction de tous les bâtiments et infrastructures jusqu’à sa fermeture. Cela dit, le manque de proximité avec les autres villages a permis de forger des liens solides entre les habitants, ce qui a largement renforcé le sentiment de communauté au sein de Saint-Jean-de-Brébeuf.

Première église de Saint-Jean-de-Brébeuf entre 1937-1943.

Les souvenirs des bâtiments
Malgré la distance des autres villages, le village de Saint-Jean-de-Brébeuf était composé de plusieurs bâtiments qui subvenaient aux besoins des habitants. En effet, il y avait un bureau de poste, une caisse populaire, des écoles de rang, un magasin général, un presbytère, deux moulins ainsi qu’assez de maisons pour héberger une centaine de familles dispersées dans les six rangs. Après des entretiens que nous avons menés avec d’anciennes habitantes du village et l’analyse de la documentation fournie par celles-ci, les bâtiments qui ressortent du lot sont le dispensaire et les deux églises du village.
Pour commencer, il y avait le dispensaire où Lauraine Carrier, l’infirmière du village, vivait et accueillait les gens en besoin d’hospitalisation. On se rappelle de ce bâtiment en raison de l’importance des services qui y étaient offerts, mais surtout en raison du fait que celui-ci passa au feu le 30 avril 1940, emportant malheureusement avec lui dans ses flammes Madame Carrier. Cet événement restera gravé dans la mémoire de la communauté de Brébeuf jusqu’à ce jour.
Le deuxième bâtiment est la première église bâtie à Saint-Jean-de-Brébeuf. Celle-ci était construite de bois par les habitants, puis servit de maison de prière de 1937 à 1943. Les portes de l’église s’ouvrent à la communauté le 11 juillet 1937 sur la côte la plus haute du 6e rang. Sa position a était stratégiquement placée par le prêtre pour accentuer la proximité entre le monde du vivant et Dieu. Son utilisation fut mise à terme lorsque le nouveau prêtre déclara que le trajet pour s’y rendre était trop dangereux. La construction de la deuxième église de Saint-Jean-de-Brébeuf débuta le 9 juin 1941 et ouvra ses portes le 3 octobre 1943. Celle-ci reste en fonction de 1943 à la fermeture du village en 1971. Le travail et les efforts consacrés à la construction de tous les bâtiments du village reflètent les valeurs d’entraide, d’autonomie et d’assiduité qu’incarnait la communauté.

Dispensaire de Saint-Jean-de-Brébeuf. Date inconnue.
La présence de la religion
La religion occupe une partie importante de notre histoire gaspésienne. Dans l’arrière-pays de Nouvelle à Saint-Jean-de-Brébeuf, les monuments religieux ainsi que la religion étaient des éléments influents sur plusieurs aspects de la vie sociale de la communauté.
Comme mentionné précédemment, la première église a été construite en 1937 par le premier évêque de la paroisse, Monseigneur Ross. Cette église a été détruite en 1943 pour laisser place à la deuxième église (1943-1971) qui a été construite sur un terrain plus sécuritaire, et qui sera utilisée par la population jusqu’à la fermeture du village. Un presbytère a aussi été construit comme monument d’accompagnement à l’église.
Les personnes auxquelles nous avons parlé nous ont expliqué comment la religion venait se mélanger aux sphères sociales du quotidien à Saint-Jean-de-Brébeuf. Effectivement, avant la Révolution Tranquille dans les années soixante, l’État était principalement encadré par la religion, forgeant donc une société beaucoup plus croyante, pratiquante et conservatrice. À Saint-Jean-de-Brébeuf, la religion s’incrustait dans la vie des habitants dans presque toutes les sphères sociales de la communauté.
La première sphère, inévitable aux petits villages : le commérage. L’église fut décrite comme étant évidement le lieu de culte des villageois, mais aussi un lieu où tous étaient réunis et partageaient les dernières nouvelles par bouche à oreille. Un autre exemple de l’influence de la religion fut qu’à côté de l’église nous y retrouvions le cimetière dans lequel il y avait une passerelle exclue de celui-ci pour les enfants qui étaient décédés avant le baptême. Cet aspect du cimetière nous démontre aujourd’hui le niveau d’influence qu’avait la religion sur le quotidien et les traditions des gens. En parlant d’enfants, il y en avait plusieurs à Saint-Jean-de-Brébeuf. C’est une époque où le curé cognait assez régulièrement aux portes pour encourager les femmes d’agrandir les familles et de débuter une nouvelle grossesse. En raison des nombreux enfants qui occupaient les rangs de Saint-Jean-de-Brébeuf, des écoles de rangs ont été bâties dans le but de permettre à ceux-ci d’avoir accès à une éducation primaire. Ces écoles étaient majoritairement des lieux où les enfants entraient en contact avec leurs premières leçons religieuses.

Deuxième église de Saint-Jean-de-Brébeuf entre 1943 et 1971.
La fermeture
En juin 1971, le village de Saint-Jean-de-Brébeuf ferme officiellement. Plusieurs villages de l’arrière-pays gaspésien vivent le même sort que Saint-Jean-de-Brébeuf et sont forcés d’abandonner leur territoire pour se relocaliser dans les villages sur le long de la côte gaspésienne.
Les habitants sont donc obligés de délaisser leurs terres ancestrales, ainsi que des années de travail agricole et ouvrier derrière eux. Ce processus implique le déplacement ou la destruction des bâtiments souvent par incendie en échange de cote financière par famille relative à certaines conditions. Une ancienne habitante du village se remémore d’avoir témoigné du déplacement de certaines maisons qui étaient tranchées en deux pour assurer un déplacement plus sécuritaire lors de la fermeture. Elle expliquait que l’on pouvait voir la moitié de l’intérieur des maisons et se rappela pouvoir observer les différentes couleurs des pièces de celles-ci. Un aspect plus particulier de la fermeture de Saint-Jean-de-Brébeuf est la relocalisation du cimetière. En déplaçant le village, les habitants ont dû refaire leurs deuils quand leurs proches qui reposaient sur le territoire furent déplacés dans un autre cimetière. Le territoire qu’occupaient des centaines de familles fut ensuite utilisé pour faire une replantation intensive d’arbres qui couvre aujourd’hui la majorité du périmètre, effaçant ainsi les traces du passé aujourd’hui reprises par la nature.

Un panneau commémoratif à Saint-Jean-de-Brébeuf en 2023. Malgré la disparition du village, des panneaux honorent la mémoire des membres de sa communauté et rappellent l’emplacement des établissements. De nombreuses boîtes aux lettres jonchent toujours ces terrains. Synthèse historique. Figure 172. Page 150.
Message d’équipe
Ce projet nous a permises d’explorer une nouvelle facette de la Gaspésie, des racines familiales, l’histoire et de collaborer avec des gens dotés de souvenirs précieux. Nous avons réalisé au fur et à mesure que nous avancions dans ce projet la richesse qui se trouve à notre portée ici en Gaspésie, ainsi que le sentiment important de communauté qui nous a rassemblé pour former ce projet. Quelques aspects ressortis dans nos conversations nous ont beaucoup surprises tel que le déplacement des maisons séparées en deux parties. Ce sont les souvenirs de ceux qui ont vécu et côtoyé Saint-Jean-de-Brébeuf qui nous ont permis de restaurer un portrait représentatif de cet événement. La séparation des maisons ainsi que leur relocalisation, expliquée d’un point de vue témoignant les faits, nous a aidé à comprendre le drame qui nourrit le deuil de cette communauté. Nous étions aussi surprises de constater que la fermeture du village fut vécue différemment selon les générations. En effet, les anciens habitants ou descendants de ceux-ci que nous avons rencontré nous ont dit que la fermeture fut beaucoup plus difficile pour leurs parents que pour eux-mêmes qui, à l’époque, débutait leur vie adulte. La fermeture, le deuil et devoir briser les liens entre cette terre qui était devenue la leur, frappa beaucoup plus fort sur la conscience des premières générations qui avaient défriché et construit ce village de leurs propres mains. En termes de temps, nous en avons manqué. Cependant, si plus de celui-ci nous avait été accordé, nous aurions voulu rencontrer quelques personnes des générations qui ont vécu la création et le gros du développement de Saint-Jean-de-Brébeuf pour intégrer leur histoire et leur vécu.
Nous espérons, en tant qu’équipe, présenter un hommage précis et représentatif des souvenirs des anciens habitants de Saint-Jean-de-Brébeuf, ainsi que de sensibiliser la population sur le sujet des fermetures des différents villages de l’arrière-pays gaspésien, un deuil collectif pour encore plusieurs générations.
Remerciements
Nous tenons à remercier Samuel Landry, aménagiste à la MRC Avignon, et Frédérique Caissy, agente de développement territorial, d’avoir collaboré avec nous et supervisé notre projet, ainsi que Chantal Leblanc, Estelle Leblanc, Jacqueline Landry, Sylvie Savoie et les membres du groupe Facebook Redécouverte de Brébeuf pour leur confiance et leur implication dans ce projet.
Emily Arsenault, Clara Landry, Joliane Philbrick
Département des Sciences Humaines du Cégep de la Gaspésie et des Îles, Campus de Carleton-sur-Mer, 2026.
La démarche
Dans le cadre de notre cours de démarches d’intégration des acquis en Sciences humaines, nous nous sommes intéressées à l’histoire du village actuellement fermé de Saint-Jean-de-Brébeuf. Ce cours permet aux étudiants et étudiantes de fin de parcours collégial de concrètement appliquer leurs connaissances et méthodologies acquises au cours de leur cheminement scolaire sous forme de projet communautaire. Dans le cadre de celui-ci, nous avons collaboré avec l’aménagiste de la MRC Avignon, Samuel Landry, et l’agente de développement territorial de la MRC Avignon, Frédérique Caissy, qui nous ont guidé et encouragé à recueillir des données nichées au creux de la mémoire des habitants de l’ancien village de Saint-Jean-de-Brébeuf avec l’objectif de créer une base de données qui serait accessible à la population et mettrait en valeur l’arrière-pays gaspésien.
Durant le cheminement de ce cours, nous nous sommes jointes au groupe Facebook Projet Mémoire Brébeuf, un groupe interactif où des images et des souvenirs de Saint-Jean-de-Brébeuf sont partagés, dans le but de faire connaitre notre projet et de sonder l’intérêt des membres du groupe. Par la suite, nous avons créé une discussion accessible par invitation sur la plateforme Messenger pour permettre aux intéressés de partager leurs idées, leurs souvenirs et des photos d’archives.
Pour conclure ce projet, nous avons présenté nos résultats d’analyse au colloque du CIRADD le 13 mai 2026 où nous avons gagné le vote du public en deuxième place dans le programme de Sciences Humaines du Cégep de la Gaspésie et des Îles à Carleton-sur-Mer.
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